Cédric Beltrame : « 23 mars 2026 — Huit ans après Trèbes »

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Cédric Beltrame livre un témoignage puissant sur le sens du geste de son frère huit ans après les attentats de Trèbes. Il rappelle qu’Arnaud Beltrame n’est pas « allé mourir », mais s’est engagé en combattant, fidèle à sa mission et à ses convictions. Entre mémoire vivante, hommage personnel et lucidité sur la menace terroriste qui persistent, ses mots invitent à comprendre, transmettre et agir. Voici son message sur x et sa retranscrisption à l’identique.

 » Il y a huit ans aujourd’hui, mon frère Arnaud entrait seul dans ce réduit de sept mètres carrés du Super U de Trèbes, face à un terroriste islamiste armé, et prenait la place d’une otage qu’il ne connaissait pas. Il mourrait de ses blessures dans la nuit du 23 au 24 mars 2018, laissant derrière lui sa femme Marielle, ses frères d’armes, sa famille, et une France qui n’a pas fini de lui rendre ce qu’il lui a donné.

Chaque année, je reviens à cette date avec la même pensée : Arnaud n’est pas allé mourir. Il est allé se battre. Il est allé faire son métier de soldat, de gendarme, de Français. C’est important de le dire, de le répéter, parce que le sens de son geste mérite mieux que l’image d’un sacrifice résigné. C’était un acte combattant, réfléchi, conscient. Et c’est pourquoi, huit ans après, son nom continue de résonner.

Depuis 2018, plus de 500 lieux en France portent le nom d’Arnaud. Ce mouvement ne s’est pas essoufflé. En 2025, il s’est amplifié : Bayonne, Cannes, Valréas, Fréjus, Bry-sur-Marne — autant de villes qui ont choisi d’inscrire son nom dans la pierre. À Bry-sur-Marne, en mai dernier, c’est une statue en bronze à son effigie qui a été inaugurée, devant des dizaines d’enfants portant le drapeau tricolore. Ces enfants ne connaissaient pas Arnaud. Ils savent désormais qui il était.

À Carcassonne, dans la caserne Saint-Jacques, ses frères d’armes ont rendu hommage, comme chaque année. À la direction générale de la Gendarmerie nationale — qui porte son nom depuis 2022 — la cérémonie a eu lieu dans un silence qui en dit long sur ce que son geste représente pour ceux qui portent l’uniforme.

Merci à toutes ces villes, à tous ces maires, à tous ces gendarmes qui refusent l’oubli.

En janvier-février 2024, le procès des attentats de Trèbes et Carcassonne s’est tenu devant la cour d’assises spéciale de Paris. Sept personnes de l’entourage du terroriste Radouane Lakdim comparaissaient. Le verdict, rendu le 23 février 2024, a été durement ressenti par les familles des victimes : des peines allant de six mois à quatre ans de prison ferme, très inférieures aux réquisitions du parquet. Quatre des cinq accusés poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste ont été acquittés de ce chef.

La justice a parlé, dans le cadre de ce qu’elle pouvait faire, et le président de la cour a lui-même reconnu que plusieurs accusés portaient « une responsabilité morale très importante ». Mais il reste une vérité que rien n’efface : Arnaud est mort. Et l’homme qui l’a tué avait été suivi, fiché, convoqué par les services de renseignement quelques semaines avant les faits.

Je pense à toutes les victimes. À leurs familles. À Julie, l’otage qu’Arnaud a sauvée ce jour-là.

Ce serait mentir que de dire que la France est en sécurité. Depuis 2024, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure a déjoué seize projets d’attentats, dont sept en 2025 seuls. En 2024, neuf attentats islamistes ont été déjoués sur le sol français, dont trois visaient les Jeux olympiques de Paris. C’est le nombre le plus élevé depuis 2017.

Depuis 2012, ce sont 86 attentats islamistes qui ont été déjoués. Chaque chiffre derrière ces statistiques représente des vies épargnées grâce au travail quotidien de nos services de renseignement, de nos gendarmes, de nos policiers. Des héros anonymes qui font ce qu’Arnaud faisait : s’interposer.

Mais la menace évolue. Elle rajeunit, elle se radicalise en ligne : 70 % des individus impliqués dans des projets d’attentats depuis 2023 avaient moins de 21 ans, radicalisés sur les réseaux sociaux. Un tiers des mis en examen pour terrorisme en 2025 sont des mineurs. Daech mute, se déplace vers l’Afrique et le Sahel, continue de diffuser sa propagande haineuse sur Snapchat et TikTok. La France maintient son niveau Vigipirate au plus haut.

Arnaud est mort parce que cette menace est réelle. Elle l’est toujours.

Il y a quelques mois, à Brest, lors de l’évacuation d’un squat fréquenté par des militants d’ultra-gauche, des tags injurieux ont été découverts visant la mémoire de mon frère. Une plainte a été déposée, une enquête ouverte. Je n’ai rien à ajouter, sinon ceci : vous pouvez salir un mur. Vous ne salirez pas son nom.

Arnaud n’aurait pas voulu qu’on pleure. Il aurait voulu qu’on agisse. Alors permettez-moi de dire clairement :

La France doit nommer ce à quoi elle est confrontée : le terrorisme islamiste. Pas une menace abstraite, pas une violence sans origine — un projet idéologique qui veut sa destruction. Les appeler par leur nom, c’est déjà leur résister.

Nos forces de sécurité méritent les moyens de leur mission. Chaque gendarme, chaque policier, chaque agent du renseignement qui se lève le matin pour protéger nos concitoyens marche dans les pas d’Arnaud, à sa manière.

Et nos enfants méritent de savoir qui il était — non pas pour les effrayer, mais pour leur montrer ce que signifie avoir un idéal et le défendre jusqu’au bout.

Arnaud, tu nous manques chaque jour. Mais tu es partout — dans les 500 plaques qui portent ton nom, dans les regards de ces enfants de Bry-sur-Marne, dans le cœur des gendarmes, des catholiques, des francs-maçons, des Français tout simplement.

La France se souvient et continue à se battre contre le terrorisme islamiste. « 

Cédric Beltrame 23 mars 2026


Pour aller plus loin

Lien vers le post : Cédric Beltrame sur x.com

Notre message d’hommage: Huit ans déjà : Arnaud Beltrame, mémoire vivante et espérance

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