Arnaud Beltrame, catholique

Dans les interviews accordés à la presse, son épouse Marielle Beltrame expliquait que le geste de son défunt mari était celui « d’un gendarme et d’un chrétien ». Dès lors, comment comprendre la dimension chrétienne de l’offre qu’il a faite au terroriste de se substituer à une otage inconnue, au risque de perdre la sienne ?

Voici à partir des témoignages de sa famille quelques éléments pour comprendre son chemin de foi catholique.

S’il était baptisé depuis son jeune âge, Arnaud Beltrame n’a pas reçu d’éducation catholique. En revanche, il était dès sa jeunesse profondément enraciné dans l’amour de la culture celte, si présente en Bretagne. Selon son frère « il croyait à un principe supérieur depuis longtemps. »

Marielle Beltrame confie de manière très intime la conversion qu’a connue son mari, vers 2008, à l’âge de 33 ans. « Je crois que sa conversion a été progressive, car il a beaucoup cherché dans diverses directions (mythes celtes, druidisme, chamanisme…). Parmi les pistes explorées, la foi catholique a peu à peu pris sa place ». (2)

Son frère Cédric évoque également sa conversion : « J’étais persuadé que sa conversion était sans portée, mais j’avais compris que je me trompais. Il avait 33 ans, l’âge du Christ. » (1)

Il explique aussi que sa conversion au Christ n’a pas remplacé totalement son enracinement dans la culture celte: « Dans ses marches bretonnes, Arnaud ne privilégiait pas l’empreinte chrétienne au détriment des vestiges celtes, les deux influences vivaient en lui. Comme toujours, il ne voulait rien sacrifier de la richesse du monde. » (1)

Calvaire breton construit sur un menhir, Bretagne

« Il avait reçu sa première communion et sa confirmation en 2010, après deux ans de catéchuménat. Il avait accompli le pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray en 2015.» (1)

Marielle évoque son attrait pour l’univers monastique, « Arnaud aimait côtoyer des moines, dont la vie ne pouvait que résonner avec la sienne, puisque, comme eux, il concevait son métier comme un engagement de toute sa vie à servir ». (2)

Dans Ouest France, Frère Étienne, moine de Timadeuc, à Bréhan, a bien connu Arnaud Beltrame. C’était un habitué des lieux. Il a séjourné à l’Hôtellerie de l’abbaye à plusieurs reprises dans les années 2011, 2012 et 2013. « Il venait pour travailler le concours d’entrée de l’École de guerre de Paris. Il souhaitait incorporer cette école prestigieuse qui forme les officiers supérieurs. C’était un gros travailleur, mais il assistait aux messes et certains autres offices. Il priait toujours les mains jointes et souvent à genou, comme un jeune séminariste », indique frère Étienne. (4)

Marielle Beltrame rappelle également l’importance, pour son mari, des « pèlerinages à pieds », et plus précisément les « 800 kilomètres du Tro Breiz, puis du chemin de Compostelle ». (2)

Au quotidien, « Arnaud avait l’habitude d’écrire ses prières de demande ou de louange sur une feuille de papier qu’il laissait sur son meuble de prières », décrit-elle encore. (2)

Il est intéressant aussi de noter qu’Arnaud Beltrame avait une vision pratique de sa foi, nourrie par la découverte de la vie des saints. « Arnaud s’intéressait beaucoup à la vie des gens. Il lisait des ouvrages sur la vie de sainte Thérèse de Lisieux que le pape Jean-Paul II avait proclamée docteur de l’Église pour le centenaire de sa mort et il découvrait ce qu’elle avait fait pour les autres. […]. Arnaud a aidé beaucoup de gens mais il ne le faisait jamais pour en tirer une quelconque gloire. Arnaud évoquait souvent saint François d’Assise, ou encore l’abbé Pierre. » (1)

Cloître de l'abbaye de Lagrasse
Cloître de l’abbaye de Lagrasse

C’est en 2016 qu’Arnaud et Marielle découvriront l’abbaye de Lagrasse et commenceront leur préparation au mariage. La maman d’Arnaud Beltrame raconte cette rencontre : « Le lendemain de leur mariage civil, le 27 août 2016, nous sommes allés visiter l’abbaye Sainte-Marie de Lagrasse dans l’Aude. Un lieu magnifique. Arnaud a vu un chanoine régulier de l’abbaye, le père Jean-Baptiste, parler avec des enfants. Il s’est approché de lui et lui a expliqué qu’il voulait un mariage religieux et qu’ils étaient en pleine préparation. C’est comme ça qu’il a connu le prêtre qui devait les marier. » (3)

Concernant leur préparation à recevoir ce sacrement, Marielle Beltrame explique qu’ils étaient « heureux d’y passer beaucoup de temps », et notamment par « le biais de week-ends de préparation proposés à l’abbaye de Lagrasse » (2)

L’entretien avec Marielle met aussi en exergue le « combat spirituel » de celui qui sera élevé au grade de lieutenant-colonel à titre posthume. « Je dirais que sa relation au Christ était persévérante », raconte sa femme, « elle a en effet souvent buté sur l’incompréhension de Dieu qui permettait des échecs ou de grandes difficultés dans sa vie ». (2)

 « Son geste renvoie à plus grand que soi ». Marielle Beltrame dresse aussi le portrait d’un chrétien attaché à « une certaine ascèse pour retrouver l’essentiel ». Il « aimait partir seul une journée en pleine nature, dans le silence et le jeûne », confie-t-elle. (2)

Enfin, concernant son geste de se substituer à une otage civile et qui lui a coûté la mort, Marielle Beltrame explique que « sa décision est le reflet et le fruit de tout ce qu’il est ». «La gendarmerie était vraiment sa vocation, dans le sens du langage courant et sans doute dans le sens de l’Église ». (2)

Pour le père Jean-Baptiste, « Arnaud Beltrame était en route vers la sainteté »

La foi d’Arnaud Beltrame porte des fruits puisque son témoignage encourage des conversions, au premier rang desquelles celle de Julie Grand, l’otage libérée qui confiait a Aleteia : « C’est la foi que portait en lui Arnaud Beltrame qui m’a amenée à trouver Dieu, je me suis dit que, si cet homme d’exception croyait en Dieu, alors il fallait que j’aille voir ce qu’il en était »


Sources

(1) « Au nom du frère » par Cédric Beltrame, Damien Beltrame

(2) Entretien avec Marielle

(3) « C’était mon fils » par Nicole Beltrame

(4) A Timadeuc on se souvient d’Arnaud Beltrame

Pour en savoir plus

Sa famille

Ses citations spirituelles

Avec le Père Jean-Baptiste Golfier

Avec Julie Grand, l’otage sauvée

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