Arnaud Beltrame franc-maçon à la GLDF (Grande Loge de France)

Oui, Arnaud Beltrame était bien franc-maçon. Cette appartenance à la franc-maçonnerie a fait couler beaucoup d’encre notamment en raison de sa foi chrétienne et de l’incompatibilité pour l’Eglise catholique d’une double appartenance.

Cet article expose les points de vue de sa famille, ainsi que ceux de la franc-maçonnerie et de l’Eglise catholique. Malgré tout, les deux institutions de l’Eglise catholique et de la Grande Loge de France reconnaissent l’héroïsme et l’exemplarité du colonel Beltrame. A plusieurs reprises, la maman d’Arnaud Beltrame a appelé à éviter toute « récupération ».

Arnaud Beltrame devient franc-maçon en 2008

Arnaud Beltrame entre chez les francs-maçons en décembre 2008 et est initié au sein de la loge « Jérôme Bonaparte » de Rueil-Malmaison à la Grande Loge de France (GLDF). Il fit ensuite également partie de la « Fraternelle de la Gendarmerie »

Il avait été détecté par son beau-père, Maurice Fromager, qui l’avait reçu, perçu. « Ce n’était pas pour l’affairisme. C’était pour la fraternité, aider les autres, donner une bonne image. Et faire passer ce message, raconte Maurice.

« Arnaud Beltrame. Le Héros dont la France a besoin » par Jacques Duplessy et Benoît Leprince

Le général de gendarmerie Michel Marquant, qui sera son parrain dans la loge Jérôme-Bonaparte, se souvient du parcours d’Arnaud : « Je ne l’ai rencontré qu’au moment où il a été initié, le lundi 8 décembre 2008. Quand je l’ai récupéré, c’était déjà un apprenti. J’étais à la fin de mon vénéralat, on était en septembre 2008. Maurice Fromager m’appelle de Vannes. Il cherche pour le fils de sa compagne une loge située à proximité de son affectation à la garde républicaine, alors qu’il commande la première compagnie, la compagnie d’honneur, qui s’occupe du président de la République, et basée à Nanterre. Je lui demande s’il m’appelle parce que je suis gendarme et secrétaire national de la Fraternelle de la gendarmerie. Il me dit : “Non, j’ai pris l’annuaire des loges et il y avait quatre loges qui correspondaient. Et la loge Jérôme-Bonaparte me plaisait au niveau du nom.” » […] Je parrainerai également Arnaud au sein de la Fraternelle de la gendarmerie. Je le suivrai et nous nouerons des liens d’amitié très forts. […] Sur son appartenance à la franc-maçonnerie, Arnaud Beltrame demeure discret. […] Le frère Étienne confirme que son engagement était solide : « Je lui ai un jour fait cette réflexion : “Il y a beaucoup de francs-maçons chez les officiers supérieurs. Si tu es général, tu y seras confronté.” J’ai été surpris, car Arnaud m’a répondu assez vivement : “Il y a aussi des chrétiens dans la franc-maçonnerie, qui veulent vivre leur foi.”

« Arnaud Beltrame. Le Héros dont la France a besoin » par Jacques Duplessy et Benoît Leprince

En avril 2012, Arnaud Beltrame est élevé au grade de maître, 3e degré maçonnique. Lorsque il déménage pour ses affectations, il reste fidèle à sa loge de Rueil-Malmaison et s’y rend quelques fois par an.

Arnaud Beltrame inspiré par les Templiers depuis son jeune âge

Pour comprendre pourquoi Arnaud Beltrame fut attiré par la franc-maçonnerie, il faut découvrir sa passion précoce pour l’Ordre du Temple et également les ordres Hospitaliers.

Sa maman Nicolle Beltrame indique dans son ouvrage « C’était mon fils » : « L’histoire des Templiers fascinait tout autant mon Petit Prince. Il plaisantait volontiers avec ses frères pour aller chercher leur trésor. En traversant Sarzeau, dans le Morbihan, il me dit un jour : « Tiens, tu vois cette maison, avant c’était une maison des Templiers. » Il connaissait toutes les bâtisses de Bretagne où ils étaient passés. »

Elle évoque également l’admiration de son fils Arnaud pour les Hospitaliers et l’Ordre de Malte: « Mon fils croyait fermement en un ordre supérieur et l’histoire des chevaliers de Malte illustrait parfaitement son état d’esprit. Il est évidemment parti là-bas, sur leurs traces. »

Or Arnaud Beltrame avait analysé la possible filiation de la Grande Loge de France, qui se définit « de rite écossais ancien » avec l’ordre du Temple. Il avait d’ailleurs rédigé sa première « planche » sur ce thème de « L’héritage des Templiers dans la Franc-Maçonnerie moderne ».

Ses frères Damien et Cédric donnent des indications supplémentaires sur la raison de son appartenance à cet ordre de la franc-maçonnerie dans leur livre « Au nom du frère » : « En fait, on pourrait tenter de résumer cette double appartenance par son intérêt commun pour les Templiers et pour les Hospitaliers. Ces derniers, qui donnèrent naissance plus tard aux chevaliers de l’Ordre de Malte, avaient créé à Jérusalem, dès le XIe siècle, un hôpital ouvert à tous les pèlerins, quelles que soient leurs religions et leurs origines. Même si les Hospitaliers étaient bien, en définitive, un ordre catholique qui a toujours placé au premier plan la défense de la foi (« Tuitio Fidei »), la seconde partie de leur devise, « Obsequium Pauperum », « servir les pauvres », et les nombreux projets d’assistance humanitaire mis en œuvre de nos jours par l’Ordre de Malte en faisaient en apparence, pour un regard extérieur, une institution beaucoup plus compatible avec les impératifs maçonniques que ne l’était la règle militaire des Templiers, chevaliers disparus depuis la dissolution de l’Ordre par le pape Clément V en 1311. »

Au sujet de cette fameuse « planche » rédigé par Arnaud Beltrame, ses frères donnent de plus amples détails : « J’ai découvert, en discutant de cette « planche », que certains historiens établissent une filiation entre la maçonnerie et l’Ordre du Temple. Moins radicaux, d’autres décrivent simplement le parcours de quelques templiers, réfugiés en Écosse pour échapper aux persécutions, qui sont devenus membres de loges dont le caractère occulte les protégeait. D’où une influence réciproque. C’est à ces relations que notre frère avait consacré son travail, tentant de démêler à son tour les mythes et les faits. Les maçons revendiquent aussi une relation avec la corporation des tailleurs de pierre, d’inspiration chrétienne. Seulement, voilà, les célèbres Constitutions d’Anderson, texte maçonnique de base, fait l’impasse sur le dieu révélé. Car le Grand Architecte n’a rien d’un dieu personnel. Au cours des dernières années, la bibliothèque d’Arnaud s’était enrichie de quelques ouvrages défendant, contre la doctrine catholique, la possibilité d’être à la fois « fils de l’Église » et « fils de la veuve », ou invitant tout au moins les chrétiens à plus de mansuétude à l’égard de ces derniers. »

Pour Arnaud Beltrame, être franc-maçon était un idéal de fraternité et d’amitié, en aucun cas du carriérisme

Toujours dans le même ouvrage ses frères motivent l’appartenance d’Arnaud Beltrame par la fraternité: « Arnaud avait d’abord insisté sur la dimension fraternelle qui régnait à la Grande Loge, dont la devise reproduisait d’ailleurs délibérément celle de la République française, « Liberté, égalité, fraternité ». C’est aussi cette primauté des sentiments fraternels qui s’exprimait selon lui au travers des multiples associations caritatives fondées par la Loge, et qui portaient des noms aussi significatifs qu’« Entraide fraternelle » ou « La poignée de main maçonnique ». Puis il avait vanté l’intérêt des discussions philosophiques qu’il pouvait y mener et, enfin, mais seulement en dernier ressort, cette entraide fraternelle si souvent reprochée aux francs-maçons. »


Le point de vue du Père Jean-Baptiste Golfier, Chanoine régulier de l’abbaye de Lagrasse

Le Père Jean-Baptiste Golfier fut le prêtre le plus proche du colonel Arnaud Beltrame durant les deux dernières années de sa vie, il l’a préparé au mariage et devait le marier quelques semaines plus tard.

Dans La Nef, il revient sur l’appartenance d’Arnaud Beltrame a la franc-maçonnerie.

« Il ne m’en avait pas parlé et, après avoir fait mon enquête auprès de Marielle et de certains francs-maçons, je sais que personne ne lui avait expliqué l’incompatibilité avec la foi catholique. Le Saint-Siège l’a rappelé en 1983 [1], mais il l’ignorait. L’excommunication prévue ne le frappait donc pas. Je crois qu’il aurait quitté la franc-maçonnerie après de solides explications, car il me faisait confiance.

Initié à la Grande Loge de France avant sa conversion, il prêtait serment sur l’Évangile de saint Jean avec des frères maçons qui lui cachaient cette incompatibilité. C’est la quête intellectuelle et les bons amis qui l’ont entraîné en maçonnerie et non le carriérisme ni l’occultisme qu’il ignorait. Il fréquentait, rarement depuis son déménagement à Carcassonne, la loge de Rueil et non celles de l’Aude, car il préférait y retrouver ses amis. Ce sont donc des liens humains et non des convictions maçonniques qui le retenaient. Ses intimes savent qu’Arnaud aimait prier saint Michel Archange et accordait une vive importance aux tactiques du diable qu’il jugeait urgent de faire connaître pour les débusquer. Il ignorait les liens de la franc-maçonnerie avec l’occultisme et le satanisme. Arnaud nous montre ici qu’une conversion sincère peut s’accompagner d’erreurs : son exemple n’en est que plus rassurant pour nous. Nous savons aussi qu’un acte ultime de charité peut effacer bien des fautes… N’est-ce pas encourageant ? Son héroïsme du 23 mars 2018 doit stimuler le nôtre. Ne l’oublions pas dans les polémiques secondes. »

Que dit exactement l’Eglise catholique au sujet de la franc-maçonnerie?

L’Eglise catholique considère comme incompatible depuis 1738 le fait de pouvoir être à la fois catholique et franc-maçon. Le Pape François l’a rappellé encore en 2023 : « Sur un plan doctrinal, il doit être rappelé que l’appartenance active à la franc-maçonnerie par un fidèle est interdite en raison de l’incompatibilité entre la doctrine catholique et la franc-maçonnerie. » . Ce document, daté du 13 novembre 2023 et publié le 15, a été approuvé par le pape François.

Quelles sont les raisons de cette incompatibilité?

Certes, la franc-maçonnerie est « née dans un terreau chrétien », rappelle Christian Sorrel, mais « elle a relu différemment le message chrétien, elle s’en est éloignée ». Et au cours du XVIIIe siècle, le siècle des Lumières, « le fossé s’est creusé entre les loges maçonniques et le message de l’Église ». Aujourd’hui, la franc-maçonnerie est devenue « un monde très complexe », observe l’historien, « elle est différente selon les pays ».

Plusieurs éléments rendent la religion catholique incompatible avec la franc-maçonnerie. Par exemple l’idée de ce qui doit être tenu secret par un franc-maçon, même devant un confesseur. « Au XVIIIe siècle, la question du secret à garder face au confesseur est quelque chose de très important », précise Christian Sorrel.

Celui que les francs-maçons nomment « le grand architecte de l’univers » ne peut être le Dieu des chrétiens, trinitaire, estime Serge Abad-Gallardo. « La franc-maçonnerie, dit-il, possède ses propres dogmes tout en refusant ceux de l’Église catholique. » Un catholique qui deviendrait franc-maçon devrait abandonner « les dogmes de l’Église » comme ceux de « la Trinité sainte, la virginité mariale, l’Immaculée conception, la résurrection du Christ, etc. »

Source : Catholique et franc-maçon : pourquoi est-ce incompatible ?

[1] En 1983, Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, a signé, en tant que préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi, une « déclaration sur l’incompatibilité entre l’appartenance à l’Église et la franc-maçonnerie ». On peut y lire : « Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la sainte communion. » 


Les hommages de la Grande Loge de France au colonel Arnaud Beltrame

Le Grand Maître de la Grande Loge de France publie un communiqué de presse après son décès, le 24 mars 2018

« La Grande Loge de France rend hommage à son Frère, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame

C’est avec une grande émotion que les Frères de la Grande Loge de France ont appris aujourd’hui le décès de leur Frère, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, membre de la Respectable Loge Jérôme Bonaparte à l’Orient de Rueil-Nanterre.

Ils s’associent pour rendre un vibrant hommage à cet homme « parti en héros », qui a fait preuve d’un sens du devoir et du sacrifice exemplaire. Cet acte de bravoure et son patriotisme sans faille ont permis de sauver des vies et rappelle qu’il ne faut jamais plier face à la barbarie.

Toutes les pensées de nos Frères accompagnent sa famille en cet instant d’une grande tristesse.

La Grande Loge de France continue de saluer les représentants des forces de l’Ordre de la République qui combattent toutes les formes d’ostracisme, de xénophobie et de terrorisme, en un mot à toutes les formes de rejets des autres, nos Frères et Sœurs en humanité.

Philippe Charuel
Grand Maître de la Grande Loge de France
« 

Source : La Grande Loge de France

Un Temple franc-maçon est rebaptisé au nom d’Arnaud Beltrame en juin 2018

« Le Temple Arnaud Beltrame est depuis le jeudi 14 juin 2018 le nouveau nom du Temple 8 situé en l’Hôtel de la Grande Loge de France à Paris.

Ce nouveau nom a été acté lors d’une cérémonie conduite par Philippe Charuel, Grand Maître de la Grande Loge de France, en présence de l’ensemble des Conseillers Fédéraux qui l’assistent au sein de l’administration de l’Obédience et de nombreux Frères.

Le Colonel Arnaud Beltrame, Frère de la Grande Loge de France, décédé le 24 mars 2018, avait volontairement pris la place d’un otage au cours d’une attaque terroriste.« 

Source: La Grande Loge de France


Histoire de la Grande Loge de France

La Grande Loge de France (GLDF) est l’une des principales obédiences maçonniques en France. Son histoire remonte au XVIIIe siècle, époque où la franc-maçonnerie moderne a émergé en Europe. Voici un aperçu de l’histoire de la Grande Loge de France :

Les débuts de la franc-maçonnerie en France (18e siècle)

La franc-maçonnerie a été introduite en France au début du XVIIIe siècle, probablement par des voyageurs et des intellectuels qui avaient été initiés en Angleterre. Les premières loges maçonniques ont été créées à Paris et d’autres grandes villes.

La création de la Grande Loge de France (1728)

En 1728, la première Grande Loge de France a été fondée à Paris. Elle a été influencée par les principes de la franc-maçonnerie anglaise, mais la structure maçonnique en France a évolué de manière distincte. La Grande Loge de France a joué un rôle majeur dans le développement de la franc-maçonnerie en France au XVIIIe siècle.

La Révolution française (1789-1799)

Pendant la Révolution française, la franc-maçonnerie a été étroitement surveillée et réprimée en raison de ses liens présumés avec l’aristocratie et la monarchie. De nombreuses loges ont été fermées, et les francs-maçons ont été persécutés.

La renaissance de la franc-maçonnerie après la Révolution

Après la Révolution, la franc-maçonnerie a repris son essor en France. La Grande Loge de France a été refondée en 1894, dans un contexte où plusieurs obédiences maçonniques coexistaient. Elle a adopté une position de laïcité et a continué à jouer un rôle important dans la société française.

Les deux guerres mondiales et l’entre-deux-guerres

La franc-maçonnerie a été touchée par les deux guerres mondiales, avec des loges fermées pendant l’Occupation allemande. Cependant, elle a survécu et s’est développée après la Seconde Guerre mondiale.

La Grande Loge de France aujourd’hui

Aujourd’hui, la Grande Loge de France est l’une des principales obédiences maçonniques en France, avec une orientation libérale, adogmatique et laïque. Elle accueille des membres de différentes professions et convictions, et elle est engagée dans des actions humanitaires et sociales.

La Grande Loge de France a traversé de nombreux défis au fil des siècles, mais elle demeure un acteur significatif dans le paysage maçonnique français.

L’Histoire de la Grande Loge de France par Franck Ferrand

En novembre 2020, dans le cadre de l’émission « Au coeur de l’Histoire », Franck Ferrand nous emmène au coeur de la Grande Loge de France avec Marc Henry, Grand Maître de la Grande Loge de France et Jean-Michel Dardour ancien premier Grand Maître

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