Julie au procès en appel : «Arnaud Beltrame m’a ouvert le chemin de la foi»

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Sa vie pour la mienne

Le mercredi 30 septembre 2026, Julie Grand, l’otage dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame a pris la place le 23 mars 2018, a témoigné en personne devant la cour d’assises spéciale de Paris. Huit ans après, elle a parlé de lui comme d’« un homme d’exception » qui « a façonné sa vie ». A écouter Julie à l’audience, on se rend compte que elle aussi est exceptionnelle.

L’essentiel

  • Qui : Julie Grand, hôtesse d’accueil du Super U de Trèbes au moment des faits, prise en otage par Radouane Lakdim et libérée quand le colonel Beltrame s’est offert à sa place.
  • Quand : mercredi 30 septembre 2026, en fin de matinée, au procès en appel des attentats de Trèbes et Carcassonne.
  • Son avocat : Me Henri de Beauregard, déjà à ses côtés en 2024.
  • Ce qu’elle a dit : les minutes face au terroriste, sa dette envers Arnaud Beltrame, son chemin vers la foi, les mots trouvés pour sa fille, et sa colère face au sort fait aux victimes.

Celle pour qui il a donné sa vie

Le 23 mars 2018, le terroriste entre dans le Super U de Trèbes, tue deux personnes et se retranche avec une otage : Julie, l’hôtesse d’accueil. Arrivé sur place, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame propose au terroriste de prendre sa place. Il dépose son arme, entre, et Julie sort à 11h32. Le colonel, lui, ne ressortira pas vivant, malgré son héroïsme et son combat à mains nues face au terroriste. Relire le déroulé de l’attentat.

Depuis, Julie vit avec cette réalité, que Sud Radio résumait ainsi à l’ouverture du procès : « une situation exceptionnelle que de devoir sa propre vie à celle d’un autre ».

Face au terroriste : rester calme pour rester en vie

À la barre, Julie a refait le chemin de ce matin-là. Elle est à l’accueil quand elle entend un premier bruit : elle pense à une palette tombée au sol. Le deuxième lui paraît bizarre. Elle se dit : « Qui est si maladroit ? ». Puis elle voit un bras levé qui tire. Elle se cache derrière le bureau de l’accueil et demande à une collègue d’appeler la police.

Le terroriste la découvre : « Tiens, voilà mon otage ! » Commence alors un huis clos d’une cinquantaine de minutes. « Moi, j’aurais dit deux heures. On m’a dit une cinquantaine de minutes. » Julie choisit très vite une ligne de conduite : ne pas le provoquer, ne pas le contredire, maintenir la conversation, observer chacun de ses gestes et ne lui donner aucune raison de tirer. Elle témoignera : « Faire ce que j’ai appris à faire pour rester en vie. Ne pas l’énerver, durer le plus longtemps possible. » Elle est aussi celle qui tient le téléphone et parle aux gendarmes. Elle décrit un homme qui marche sans cesse dans la pièce, parle beaucoup, saute d’un sujet à l’autre, et semble parfois content de lui.

Le moment le plus délicat où Julie a cru pouvoir être transpercée de balles, lorsque les gendarmes du PSIG avancent en ligne, armes en joue, et le terroriste se cache derrière elle, « pistolet derrière l’oreille, couteau sur les côtes ». « Je risquais de mourir de diverses manières. » dira Julie au procès.

« Et quand je me préparais » (elle s’interrompt, saisie par l’émotion) « Arnaud Beltrame est intervenu. » Il décide en quelques secondes : « la seule chose à faire pour sauver ma vie ». Elle décrit un « excellent négociateur », qui vouvoie le terroriste, ne lui manque jamais de respect, ne s’adresse jamais à elle et ne lui fait aucun signe. Il minimise son importance à elle, « la petite dame qui n’avait rien à faire là ». Elle se souvient de sa pensée à cet instant : « Mais ça se fait, ça ? Il est bien courageux. J’espère qu’il sait se battre. »

En prenant sa place, Arnaud beltrame rend Julie libre. Elle sent alors que c’est le moment de fuir. Elle demande une validation pour sortir et n’obtient pas de réponse. Elle a peur d’être abattue dans le dos. Elle apprendra sa mort le lendemain matin. Elle a dit à la cour qu’elle n’avait pas compris tout de suite ce qui venait de se passer.

Ce qu’elle attendait de ce procès

Le 14 septembre, au micro de Sud Radio, Me Henri de Beauregard expliquait ce que sa cliente espérait : « Elle a des attentes sur l’utilité que ce procès peut avoir pour rendre hommage à Arnaud Beltrame. À cela s’ajoutent des questions plus profondes sur le conflit de valeurs entre les accusés et les victimes. »

Pour lui, des hommes comme le colonel « ne sortent pas par hasard, ils sont le produit d’une éducation ». Il espérait que sorte de ce procès « le message qu’une société peut encore promouvoir des valeurs » : « D’un côté, vous avez des valeurs d’engagement et de respect de la parole donnée. […] Au-delà d’un conflit judiciaire, il y a un conflit de valeurs. »

En creux, une question que Julie porte depuis longtemps : la société française est-elle encore capable de faire naître des Arnaud Beltrame ?

Une souffrance qu’elle ne cache pas

Viviane, présente dans la salle ce matin-là, a été frappée dès les premières minutes : « Une personne d’une très grande finesse, qui raconte les faits et ce qu’elle a ressenti sans masquer sa souffrance, qui est très palpable. »

Huit ans après, la douleur se voit. De longs silences. Les mains qui se portent à la tête, au front, qui se tordent parfois. Un sursaut au moindre bruit. « Toute cette expression non verbale, qui traduit cette souffrance qu’elle ne cherche nullement à dissimuler », écrit Viviane.

Et pourtant, Julie ne se dérobe pas. Elle répond aux questions « avec beaucoup de précision », sans les éluder, « même si on sent que c’est une très grande épreuve ».

Des mots pesés un à un

« Ce qui impressionne, ce sont les mots qu’elle choisit en prenant son temps, connaissant leur importance », poursuit Viviane. Les mots pour dire ce qu’elle a traversé depuis l’attentat. Ceux qu’elle a trouvés pour sa fille, alors toute petite, et qui ont changé à mesure que l’enfant grandissait.

Viviane parle de son « rapport à la vérité », et de « sa force et son courage à se battre intérieurement pour sa fille ». Tout, dit-elle, « est fait dans la douceur ».

« Un homme d’exception » qui « a façonné sa vie »

Puis Julie parle d’Arnaud Beltrame. Selon les notes prises à l’audience, elle le décrit comme « un homme d’exception », qui « a façonné sa vie » :

« Il a ouvert les portes par lesquelles je suis passée. Moi, l’athée scientifique, il m’a ouvert le chemin de la foi. »

Après l’attentat, elle a voulu savoir qui était l’homme qui avait pris sa place. Elle a cherché à comprendre son parcours, sa personnalité, ce qui l’avait conduit à agir ainsi. Elle s’est rendue à Paris pour se recueillir devant lui et lui dire merci. Ensuite, elle « mis des années à aller le voir sur sa tombe » Mais elle a tenu à le préciser devant la cour : elle ne voulait pas faire de lui une figure de culte. Elle voulait comprendre ce qui l’animait. Et chaque fois qu’elle apprend quelque chose de lui, « ça confirme mon ressenti » : un gendarme qui intervient au pied levé, pragmatique, intelligent, « vraiment pas avoir peur ». Tout « n’a fait que confirmer qu’il était un homme d’exception ».

Marielle, sa fiancée, lui a écrit. Leur rencontre l’a profondément marquée, comme un moment de grande délicatesse, et lui a « ouvert des portes ». La rencontre a eu lieu quand elle était prête et Julie rappelle « l’immense chance de rencontrer son épouse, pour ne pas culpabiliser ». Julie s’est ensuite rendue à l’abbaye de Lagrasse, que fréquentait le colonel. C’est là, dans les pas de celui qui l’a sauvée, que la foi est entrée dans sa vie. Elle a depuis été baptisée et appelle désormais Arnaud Beltrame son « grand frère ». Elle confie à la barre « Je n’arrive pas à faire surface complètement. La foi m’aide. Le chemin ouvert par Arnaud Beltrame me guide. »

Pour Viviane, ce passage a été « un moment extraordinairement pudique et humble ».

Sa fille, au centre de tout

En 2018, sa fille a deux ans et demi. Julie avait choisi un travail simple, « rien à réfléchir quand je rentre le soir », pour une raison : « voir ma fille ».

Son avocat lui a demandé pourquoi elle avait constitué sa fille partie civile. Ce matin-là, l’enfant était chez sa nounou, une ancienne caissière du Super U. La nounou allume la télévision, puis s’enferme avec son mari pour parler à voix basse. « Une petite éponge à émotions » : l’enfant comprend que quelque chose de grave se passe. Il lui faudra plus d’un an pour dire à sa mère : « Maman, tu m’as fait peur ce jour-là. » Julie s’est assise par terre pour la prendre dans ses bras et la serrer fort.

Julie a refusé que l’attentat devienne un tabou. Elle lui a tout expliqué avec des mots adaptés à son âge, en les faisant évoluer à mesure qu’elle grandissait. Un jour, l’enfant écarte des magazines, tombe sur la bande dessinée consacrée au colonel, pose le doigt sur le dessin et demande si c’est lui qui l’a sauvée. Julie sourit, pour la seule fois de sa déposition. Elle lui raconte : « Un monsieur est entré dans le magasin avec une arme, il menaçait de tuer maman. Ce super-gendarme a fait en sorte que maman vive. »

Alors l’enfant demande : « Le monsieur qui t’a sauvée, il t’aimait ? Il te connaissait ? »

Huit ans après, Julie continue de la protéger. « Quand je suis avec ma fille, je n’arrive pas à montrer mes doutes. J’arrive à masquer ma terreur. » Chaque matin, dit-elle, elle se bat pour se lever et faire ce qui doit être fait pour sa famille.

Pas de haine, des questions

« L’absence de pathos est ce qui caractérise l’ensemble de son discours. La retenue, l’absence de jugement, l’intelligence. » — Viviane

C’est vrai y compris lorsqu’elle évoque les accusés. Julie n’accuse pas : elle interroge. Elle pose la question de la responsabilité, celle des proches du terroriste, puis, plus largement, celle de la société tout entière. Elle a dit : « Un procès les fait réfléchir sur leurs responsabilités. On a le devoir de dénoncer les faits, les comportements dangereux pour les autres : ce n’est pas un jeu, l’islamisme. Or pour certains, c’est un style, une manière d’exister. »

Sa retenue n’est pas de la résignation. Huit ans après, Julie a dit sa colère face à la lenteur des procédures, aux démarches qui l’empêchent de tourner la page et au manque d’accompagnement des victimes du Super U. Elle a eu cette phrase : « Je suis très en colère de ne pas être la victime idéale. » On lui a dit « Ça va, t’as survécu, lève-toi et marche ». Elle réclame un accueil spécialisé, une écoute réelle et un suivi dans la durée.

Écrire son livre a été une manière de remettre de l’ordre dans ses souvenirs et de rendre hommage à Arnaud Beltrame. Elle ne voulait pas l’écrire sous le coup de la colère.

Viviane conclut simplement : « En un mot, je le redis : Julie m’a impressionnée. »

Julie conclue son audition en rappelant son souhait le plus cher « Et surtout, surtout, surtout, rendre hommage à Arnaud Beltrame. Dire publiquement ce que je pensais de son action. »

Pour connaître son histoire

Julie a raconté son parcours dans Sa vie pour la mienne (Artège, 2024), écrit avec Marc Eynaud : la prise d’otage, l’après, la culpabilité, la rencontre avec Marielle Beltrame, et sa découverte de la foi. Découvrir le livre.

Merci à Viviane et aux membres du public qui ont suivi les audiences et partagé leurs comptes rendus.


Questions fréquentes

Qui est Julie ? L’hôtesse d’accueil du Super U de Trèbes prise en otage le 23 mars 2018. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame s’est livré à sa place.

Quand Julie a-t-elle témoigné au procès en appel ? Le mercredi 30 septembre 2026, en personne, devant la cour d’assises spéciale de Paris.

Qui est l’avocat de Julie ? Me Henri de Beauregard, qui la représentait déjà au procès de première instance en 2024.

Qu’a dit Julie d’Arnaud Beltrame ? Qu’il était « un homme d’exception » qui « a façonné sa vie » et qui lui a « ouvert le chemin de la foi ».

Julie a-t-elle écrit un livre ? Oui, Sa vie pour la mienne, paru chez Artège en 2024.


Pour aller plus loin

Sources : témoignage écrit de Viviane, présente à l’audience du 30 septembre 2026 · notes manuscrites d’audience de membres du public · Sud Radio, entretien avec Me Henri de Beauregard (14 sept. 2026) · Actu-Juridique (procès de 2024) · Aleteia

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