Procès en appel de Trèbes : 12 et 10 ans, la justice enfin à la hauteur d’Arnaud Beltrame et des victimes

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Procès en appel des attentats de Trèbes – Palais de justice de Paris

Le 7 octobre 2026, la cour d’assises spécialement composée de Paris a alourdi les peines des deux accusés rejugés pour les attentats de Trèbes et Carcassonne : 12 ans de réclusion pour Samir Manaa, 10 ans pour Marine Pequignot, tous deux reconnus coupables d’association de malfaiteurs terroriste et incarcérés à l’issue de l’audience. Après trois semaines de débats, ce verdict ferme un chapitre ouvert le 23 mars 2018.

L’essentiel

  • Dates : du 14 septembre au 7 octobre 2026, cour d’assises spéciale de Paris (salle Georges-Vedel).
  • Appel : formé par le Parquet national antiterroriste (PNAT) contre des peines jugées trop faibles.
  • Verdict : Samir Manaa 3 ans → 12 ans ; Marine Pequignot 5 ans (dont 2 avec sursis) → 10 ans.
  • Qualification : l’association de malfaiteurs terroriste est désormais retenue pour les deux.
  • Au cœur de l’audience : le colonel Arnaud Beltrame, le témoignage de Julie, et les autres victimes de Carcassonne et du Super U.

Arnaud Beltrame, présent à chaque audience

Huit ans après les faits, le nom du colonel Beltrame a traversé chaque journée de ce procès. Dès les premières audiences, les enquêteurs de la DGSI et de la SDAT ont retracé la matinée du 23 mars 2018, diffusé la vidéo du supermarché et fait entendre l’appel au 17.

On y retrouve le geste que la France n’a pas oublié : le lieutenant-colonel Beltrame, alors officier adjoint au commandement du groupement de l’Aude, prend la négociation en main, se propose en échange de la dernière otage, se défait de ses armes et entre dans la salle des coffres. Il restera près de trois heures face au terroriste, téléphone ouvert pour permettre aux forces de l’ordre de suivre la scène. Il tente de joindre sa fiancée, Marielle, vers 14 heures. Grièvement blessé après son combat à mains nues contre le terroriste armé, il meurt dans la nuit.

Relire le déroulé complet de l’attentat

Les expertises balistiques et médico-légales, entendues les 21 et 22 septembre, ont aussi abordé une question important pour la famille du colonel Beltrame : ce qui s’est passé dans les minutes qui ont précédé l’assaut du GIGN, et la part de combat du colonel face à son agresseur. L’avocate représentant la famille a insisté sur l’importance, pour ses proches, de comprendre. Les experts, qui n’avaient pas accès à l’ensemble de la procédure, n’ont apporté ni réponse définitive ni de réels nouveaux éléments.

Un point reste établi et a pesé lourd dans le verdict : le couteau avec lequel le colonel a été frappé avait été acheté par le terroriste en compagnie de Samir Manaa.

Julie : « Il m’a ouvert le chemin de la foi »

Le 30 septembre, Julie, l’otage que le colonel Beltrame a remplacée, est venue témoigner. Ceux qui l’ont entendue décrivent un moment hors du temps : une femme encore marquée, qui sursaute au moindre bruit, prend de longs silences, se tient le front, mais choisit chacun de ses mots avec une précision rare, sans pathos ni haine, y compris envers les accusés.

Selon les notes prises à l’audience, Julie a décrit Arnaud Beltrame comme « un homme d’exception » qui « a façonné sa vie » : « Il a ouvert les portes par lesquelles je suis passée. Moi, l’athée scientifique, il m’a ouvert le chemin de la foi. » Après l’attentat, elle a rencontré sa fiancée Marielle, puis s’est rendue dans l’abbaye que fréquentait le colonel. C’est là qu’elle a renoué avec la foi, à Lagrasse.

Le seul sourire de sa déposition est venu en parlant de sa fille. Elle lui a expliqué l’attentat pas à pas, au fil des années. Un jour, l’enfant a trouvé la bande dessinée consacrée au colonel, a montré son visage et a demandé si c’était lui qui l’avait sauvée. Puis cette question, d’une innocence bouleversante : « Mais le gendarme, il te connaissait ? Il t’aimait ? »

Julie a aussi posé des questions : celle de la responsabilité des proches, et plus largement celle de la société. Son témoignage, elle l’avait déjà confié dans son livre Sa vie pour la mienne (Artège, 2024).

Les autres victimes : « Eux se souviennent »

Près d’une centaine de parties civiles étaient constituées. Derrière ce chiffre, il y a des vies :

VictimeCe qu’il faut retenir
Jean MazièresViticulteur retraité, tué à Carcassonne. Il venait de prendre sa retraite pour s’occuper de son fils handicapé.
Renato SilvaSon ami, passager de la voiture, grièvement blessé. Il vit toujours avec une balle logée dans la tête. Il est venu témoigner.
Christian MedvèsChef boucher du Super U de Trèbes, tué. Sa famille était présente, et l’une de ses filles a témoigné.
Hervé SosnaClient du Super U, maçon retraité, tué. Une cliente présente à ses côtés a témoigné.
Les CRSVisés à Carcassonne alors qu’ils faisaient leur jogging. Deux ont témoigné. Leur avocat a rappelé qu’ils se sentent oubliés des commémorations.
Les salariés du Super UCaissières, comptable, employés : des vies durablement bouleversées.

Le 29 septembre, ces témoins ont décrit le même fil : le stress post-traumatique. Ils parlaient d’une voix tremblante mais avec dignité, et leurs souvenirs restaient intacts, face à des témoins de l’entourage du terroriste qui disaient avoir « tout oublié ».

Un membre du public résume ce contraste : « D’un côté, des victimes profondément traumatisées qui arrivent à peine à vivre. De l’autre, la plupart des proches du terroriste, d’une incroyable désinvolture. » Le 23 septembre, une témoin de l’entourage du terroriste a reconnu à la barre qu’il lui avait annoncé vouloir « passer sur BFM », et a assumé n’avoir « aucune compassion pour les victimes ».

Relire les témoignages des victimes au procès de 2024

Les accusés : des peines enfin exemplaires

Samir Manaa : 12 ans

Ami proche du terroriste, Samir Manaa l’avait conduit à l’armurerie pour acheter le couteau. En 2024, la cour l’avait acquitté du volet terroriste et condamné à 3 ans pour transport et détention d’armes. Il avait aussi caché un sac d’armes, retrouvé dans un faux plafond.

À la barre, il a maintenu qu’il ne savait rien et n’avait rien vu, qu’il était « dans sa bulle ». La cour a retenu qu’il connaissait l’attirance de son ami pour la violence et a relevé son absence de remise en question. Elle l’a condamné à 12 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste.

Marine Pequignot : 10 ans

Compagne du terroriste à l’époque, elle avait crié « Allah Akbar » lors de son interpellation. Une ancienne amie a rappelé à la barre une publication où elle justifiait les attaques contre des civils. Sa défense a plaidé l’emprise, la naïveté et une déradicalisation depuis sa sortie de prison.

L’avocat général lui a reproché ses incohérences. La cour a jugé qu’elle connaissait les projets meurtriers de son compagnon et que sa radicalisation relevait d’une démarche personnelle. Peine : 10 ans de réclusion criminelle.

Le tableau des peines

Accusé1re instance (fév. 2024)Réquisitions en appelVerdict en appel (7 oct. 2026)
Samir Manaa3 ans (armes, acquitté du chef terroriste)20 ans12 ans (AMT)
Marine Pequignot5 ans dont 2 avec sursis (AMT)16 ans10 ans (AMT)
Baghdad Haddaoui3 ans dont 2 avec sursis—Absent (expulsé vers le Maroc), dossier disjoint

Les deux accusés, qui comparaissaient libres, sont repartis menottés, avec interdiction d’entrer en contact avec les parties civiles. Le PNAT obtient gain de cause sur l’essentiel : le terrorisme ne se limite pas à celui qui tient l’arme. Ceux qui savent, qui aident et qui se taisent en répondent aussi.

Le soulagement était palpable chez les parties civiles. Les peines restent en deçà des réquisitions, mais l’écart avec 2024 est considérable. Comme l’a résumé une personne présente au délibéré : « Un chapitre est vraiment clos. »

Ce que ce verdict dit de la mémoire d’Arnaud Beltrame

Le colonel Beltrame a donné sa vie au combat pour qu’une mère rentre chez elle. Huit ans plus tard, la fille de Julie lui demande si « le gendarme » l’aimait.

Ce verdict ne répare rien. Mais il dit simplement que la société prend très au sérieux ce qui a rendu ce sacrifice nécessaire et donne en seconde instance une peine lourde pour les principaux complices du terroriste. Espérons que ces peines aient l’effet dissuasif suffisant pour que de telles complicités ne se mettent plus en place.

Merci aux membres du public qui ont suivi les audiences, pris des notes et partagé leurs comptes rendus.


Questions fréquentes

Quand a eu lieu le procès en appel des attentats de Trèbes ? Du 14 septembre au 7 octobre 2026, devant la cour d’assises spécialement composée de Paris.

Quelles peines ont été prononcées en appel ? 12 ans de réclusion criminelle pour Samir Manaa et 10 ans pour Marine Pequignot, tous deux pour association de malfaiteurs terroriste.

Pourquoi un procès en appel ? Le Parquet national antiterroriste avait fait appel des peines de février 2024, qu’il jugeait insuffisantes.

Julie a-t-elle témoigné ? Oui, le 30 septembre 2026. Elle a rendu hommage au colonel Beltrame, « un homme d’exception » qui lui a « ouvert le chemin de la foi ».


Pour aller plus loin

Sources : Actu-Juridique · Le Pandore · France 3 Occitanie · ICI Occitanie · L’Écho des Tribunes · notes d’audience de membres du public.

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