Où sont les pères ?
Ni les pères des principaux accusés, ni le père du terroriste ne comparaissent à la barre lors de ce second procès des attentats de Trèbes et Carcassonne.
Après plusieurs jours de passage de nombreux témoins à la barre, pour ce procès en appel des attentats de Trèbes, viennent témoigner à leur tour les familles des accusés et du terroriste mort.
Plusieurs enquêteurs ont décrit la famille du criminel de manière similaire : Radouane Lakdim était l’aîné de cinq filles, à qui il enseignait sa foi musulmane avec ardeur, voire avec rudesse. C’est lui qui menait les prières familiales. Il se mêlait parfois de la vie personnelle de ses sœurs, en faisant une remontrance sur un maquillage trop voyant par exemple. Il semblait pourtant plein d’incohérences entre son discours religieux et sa manière de vivre, entre alcool, cannabis et relations affectives nombreuses. La relation entre son père et lui était compliquée, nous dit-on, le manque de pratique religieuse de son père semblant être la raison de cette mésentente. Son père lui aurait demandé de faire disparaître une arme trouvée un mois avant l’attentat dans l’appartement familial. Mais nous n’en apprendrons pas plus sur le père.
Les auditions de la famille Lakdim se sont limitées à celles de deux sœurs et de la mère. Sans rentrer dans les détails de ces témoignages, choquants tant par le manque de respect formel que par les propos sans remise en cause, aucune, nous pouvons noter l’absence du père. Avait-il un lien si distendu avec son fils qu’il n’a aucune explication à donner à ces massacres terroristes ? Si Radouane vivait bien sous son toît, n’a-t-il pas une responsabilité mesurable, pour non dénonciation, comme en sont accusés Samir Manaa et Marine Péquignot ? Il mesurait nécessairement la radicalité de son fils, puisqu’il ne cautionnait pas sa manière de pratiquer.
Du côté de Samir Manaa, l’un des accusés comparaissant de nouveau dans ce procès, nous avons assisté au témoignage de son frère, accusé en première instance et ayant purgé sa peine, et de leur mère. Tous deux se sont présentés au tribunal pour témoigner, contrairement à de nombreux autres témoins qui sont interrogés en visio. La cour et les avocats ont questionné la mère sur la relation avec son fils, sur leur vie familiale de l’époque et sur l’évolution du quartier Ozanam. Elle reconnaît avoir manqué de vigilance, bien qu’elle lui disait de faire attention à ses fréquentations. Le père est évoqué une rare fois lorsqu’elle indique qu’il donnait de l’argent à son fils.
Entendrons-nous le témoignage de ce père ? Apparemment, ce n’est pas prévu. C’est donc la mère qui est présentée en responsable unique de l’éducation de son fils et de ses relations avec le terroriste.
La famille de Marine Péquignot n’est pas encore passée à la barre. Son père nous sera-t-il présenté ? Nous avons appris une chose à ce jour concernant sa famille : la mère de Marine Péquignot avait demandé une interdiction de sortie du territoire, de peur qu’elle parte en Syrie. Qu’en est-il de la réaction de son père face à ce désir ?
L’absence du père est criante dans ce procès. Mais elle est symptomatique de notre société. Les mères semblent les seules capables de connaître suffisamment leur enfant pour y déceler un potentiel coupable. Oui, l’instinct maternel est tel qu’il permet de ressentir nombre de sentiments et d’émotions d’un enfant. Mais quand il est avéré qu’un enfant prend une mauvaise direction, le père ne doit-il pas jouer son rôle ? A-t-on encore le droit de penser que le père est responsable de ce que devient son enfant ? Ne devrait-on pas revaloriser l’autorité et l’exemplarité des pères, pour les rendre plus responsables ?
C’est assez touchant de mettre cela en parallèle de la relation d’Arnaud Beltrame avec son père qui, malgré des difficultés, à chercher à réparer leur lien, et qui l’a enterré une semaine avant l’attentat. Il avait certainement un vrai respect pour la figure paternelle, et il est devenu, après son acte héroïque, un modèle masculin pour de nombreux jeunes hommes qui disent, par exemple, s’engager dans l’armée inspirés par Arnaud Beltrame. Il est devenu un modèle paternel de fidélité à sa mission, de protection de la femme, de dévouement au bien commun. Nous avons tous besoin de références modèles comme lui pour pousser au meilleur, mais les jeunes plus encore, et d’autant plus s’ils n’ont pas connu de figure paternelle constructive.
Remettons l’héroïsme masculin à l’honneur et encourageons les hommes à être des modèles paternels. Rappelons aussi à la Justice que les pères sont responsables, dans une certaine mesure, de ce que deviennent leurs enfants.
Bénédicte Renhas
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